1er extrait du roman "au bout du tunnel, un rayon de lumière"

 

 

 

Chapitre 9 (extrait) :

 

Florence, le personnage principal du roman, est à l'hôpital. Elle rencontre Bettina, une enfant très malade...

 

 

........ « Dans cette chambre qu’elle trouvait sinistre, elle avait tout le temps de penser à lui, de laisser son imagination s’évader hors du temps. Les yeux fermés, elle se laissait aller au souvenir de leurs étreintes passionnées, de leur tendre complicité amoureuse. Des moments de volupté et d’éternité. Elle n’oublierait jamais un certain après midi où, repu d’amour, il s’était abandonné à la tiédeur de ses bras, l’espace de quelques minutes. Il s’était endormi en l’enlaçant tendrement. Au bord de l’extase, elle lui avait caressé doucement les cheveux, était descendu lentement le long de sa nuque, de ses épaules jusqu’au dos. Comme pour l’envelopper de toute la tendresse enfouie au plus profond de son propre corps. Le temps s’était arrêté. Elle aurait pu répéter ces gestes empreints d’une troublante sensualité à l’infini. Durant cet instant merveilleux, elle eut cette impression étrange qu’il n’appartenait qu’à elle, qu’il avait toujours été là, à ses côtés, qu’ils s’étaient toujours aimés.

Pendant ce moment délicieux, elle avait pris un plaisir fou à sentir l’odeur de sa peau. Lorsqu’elle avait rencontré Pierre, elle s’était étonnée qu’il porte la même eau de toilette que son frère Simon. Davidoff. Etrange coïncidence… Elle ne lui avait jamais confié ce détail, de peur qu’il ne le prenne mal, et qu’il ne supporte pas la comparaison. Mais toutes les précautions prises n’avaient au final servi à rien. Pierre était parti blessé dans son amour propre et dans son cœur.

Se pouvait-il qu’il ait oublié ces instants magiques ? Qu’il ait décidé d’y renoncer pour toujours ? L’idée même qu’il puisse ne pas revenir vers elle lui était insupportable. Elle restait désespérément sans nouvelle de sa part. Le délai fixé était dépassé d’une journée. Sans doute avait-il essayé de lui téléphoner à l'appartement, au bureau ? Etait-il au courant de son hospitalisation ? Sa collègue Béa l’en avait sûrement tenu informé. Cela ne faisait aucun doute. A moins qu’il ne se soit pas manifesté. Qu’il ait préféré garder le silence encore un peu. Elle ne s’était pas trompée de date pourtant. Elle en était absolument certaine. Son mutisme la rendait folle d’inquiétude. Attendait-il qu’elle se décide la première à le contacter? Voulait-il qu’elle le supplie de revenir vers elle ? Un coup d'oeil à l'écran de son portable l'emplit d'angoisse. Aucun appel en absence, aucun message...

Elle savait désormais qu’elle souffrirait toujours d’anémie. L’alerte avait été sérieuse. Il lui faudrait apprendre à se ménager un peu plus qu’elle ne l’avait fait jusqu'à présent. Maintenant elle était fixée. Pierre n’avait nul besoin de se coltiner à plein temps une femme fragile, fatiguée au moindre effort. Elle était maigre à faire horreur. Il ne devait pas la voir dans cet état. Il lui sembla plus sage de garder le silence et de laisser l'absence s'installer...

Le professeur, d’ordinaire si paternel envers elle, s’était montré d’une fermeté inattendue. Il lui expliqua que le malaise dont elle avait été victime aurait pu lui être fatal. Arrêt cardiaque évité de justesse! On l’avait amenée aux urgences in extremis ! Elle avait largement abusé des forces dont elle ne disposait pas vraiment. Les analyses de sang s’étaient révélées assez critiques. Il était pour l’heure inquiet sur l’efficacité des traitements, mais plus encore sur sa faculté à reprendre le dessus. Il la trouvait peu combative, et profondément déprimée. Il fallait absolument qu’elle retrouve un meilleur moral si elle espérait recouvrer la santé.

Elle dormait énormément, surtout le matin. Une vraie marmotte perdue dans son refuge artificiel. Lorsqu’elle ouvrit les yeux, le troisième jour, elle sursauta bien malgré elle. Une petite fille, blafarde, vêtue d’une blouse blanche, la regardait fixement. Depuis combien de temps était-elle là à l'observer ? Elle tenait un chariot qui reliait son bras à une perfusion. Elle était aussi pâle que le vêtement de coton qui lui recouvrait le corps de la tête au pied. Elle avait le crâne dénué de cheveux. Sans bouger un cil, elle restait là, plantée à côté du lit de Florence. Ses yeux, d’un bleu intense, étaient profondément cernés. Les deux petits globes trahissaient une intense tristesse. C’en était presque insoutenable. Son petit corps frêle se laissait deviner au travers de la blouse inadapté à son corps frêle. La main qui tenait le chariot était décharnée. Avec un peu d’imagination, personne n’aurait eu de peine à imaginer cette enfant rescapée d’un camp de déportés juifs. Il ne lui manquait plus qu’un numéro d’identification tatoué sur le bras.

Gênée par l’insistance du regard de cette fillette, Florence lui décerna un timide sourire, histoire de tester sa réaction. Mais elle n’en eut aucune, affichant même une certaine indifférence à son message de sympathie. La petite visiteuse avait l’air plongé dans ses pensées. Le silence devenait pesant. Florence ne savait pas quoi faire. Il fallait briser la glace.

- Bonjour, demoiselle, que fais-tu là ? Tu ne devrais pas être dans ta chambre ?

Sa question ne reçut aucun écho. S’était-elle perdue dans les dédales des couloirs ? Souhaitait-elle retrouver son chemin ? Ou était-elle simplement muette ?

- Bon. Je vois. Tu ne veux pas me répondre, alors je vais appeler l’infirmière. Tu es sans doute perdue. Elle te raccompagnera dans ta chambre.

Elle chercha l’interrupteur de la sonnette, mais ne le trouva pas. Il devait sans doute s’être glissé derrière les oreillers qui lui maintenaient le dos droit. Au moment où elle allait appuyer sur le contacteur, une petite voix fluette lui ordonna de s’arrêter.

- Non, n’appuie pas, c’est pas la peine. J’ai le droit de me promener partout où je veux. C’est l’infirmière qui l’a dit.

- Ah bon ! Dans ces conditions. Comment t’appelles-tu ? 

La jeune intruse, qui se tenait toujours à côté du lit, s’enferma de nouveau dans le silence. Intriguée, Florence fit des efforts désespérés pour relancer la conversation. Au bout de quelques francs sourires et mimiques amicales, elle consentit à répondre du bout des lèvres.

- Bettina. Bettina Dancour. Avec un « r » au bout. Il n’y a pas de « t ». Tout le monde veut mettre un « t », mais il n’y en a pas.

- Ok, j’ai bien compris. Dancour, avec un « r » au bout. Bettina, en voilà un très joli prénom. Et quel âge as-tu Bettina ?

- J’ai huit ans. Hier, c’était mon anniversaire.

- Oh ! Bon anniversaire alors. Je suppose que tu as reçu des cadeaux ? Tous les enfants ont des cadeaux à cette occasion.

- Oui, on m’en a donné un.

- Ce sont tes parents qui te l’ont offert ? Et qu’est ce que c’est, dis-moi ?

- Mes parents sont morts. Je ne me souviens plus quand. Et toi, tu as des parents ?

- Et bien, oui. Mais ils sont assez vieux maintenant.

- J’aimerais bien en avoir des parents, même des vieux.

- Excuse-moi si je t’ai fait de la peine.

- Ca fait rien, de toute façon, les miens, ils étaient méchants.

Florence ne pouvait décidemment pas ouvrir la bouche sans faire une gaffe. Cette petite portait toute la misère du monde sur ces épaules, et il fallait qu’elle en rajoute encore. Elle tenta de changer de sujet, en se donnant un air enjoué.

- Qui t’a donné un cadeau, alors ? Raconte-moi.

- C’est ma Nanie. Elle est très gentille, Nanie.

- J’en suis certaine. Cela fait longtemps que tu es ici ?

- Une semaine. Mais je viens souvent à l’hôpital. Nanie me dit que c’est pour que je devienne une grande et belle jeune fille. Comment tu t’appelles ?

- Florence. Ce n’est pas aussi joli que Bettina, mais il faut faire avec.

- Moi je trouve que c’est beau. T’as quel âge ?

- Quarante neuf ans.

- Déjà ! T’es vieille ! Nanie, elle, elle a quarante cinq ans. Enfin je crois.

Cette réflexion, naturelle de la part d’une enfant de cet âge, vint rajouter à la peine de Florence. Elle avait raison, elle n’était plus digne d’être aimée, surtout pas par Pierre qui était toujours très séduisant.

- Tu as raison, je suis vieille. Et je me sens vieille.

- Oui, mais tu es gentille. Enfin je crois.

Au fur et à mesure de la conversation, le visage de Bettina commençait à se décontracter. Sa petite moue de Pierrot triste commençait à se dissiper, lorsque Dolorès, l’infirmière attitrée de Florence, fit brutalement irruption dans la pièce, brisant le contact naissant entre les deux malades.

- Non mais dîtes donc ! Qu’est ce que vous faîtes là, jeune fille ? Madame Petrucci te cherche partout. Fais-moi le plaisir de filer, et en vitesse, elle t’attend !

Sous ses airs bourrus, Dolorès ne faisait peur à personne. Les enfants l’adoraient. Son accent espagnol aurait déridé le plus triste d’entre eux. Comme si elle s’attendait aux foudres de l’infirmière, Bettina ne discuta pas les ordres, et fit faire demi-tour à son chariot avec une grande aisance. Une question d’entraînement sans doute. Avant de quitter la pièce, elle se retourna vers Florence, et lui lança un petit air de chien battu. Puis elle se tourna vers Dolorès.

- S’il te plait ! Je pourrai revenir voir la dame ?

- Oui, si elle est d’accord, pourquoi pas ? Mais pour l’instant il faut retourner dans ta chambre, on a besoin de toi là bas. Sois gentille Bettina. Et puis il faut que je m’occupe des soins de Madame Levigier.

- Au revoir, Florence. Je reviens te voir demain. Tu seras encore là demain?

- Je serai là demain, et encore après demain. Fais ce que te dit Dolorès, maintenant.

Florence lui envoya un baiser à distance, et lui fit un clin d’œil d’encouragement. Elle attendit, pour assouvir sa curiosité, que la petite fille soit sortie de la pièce, ce qui prit un peu de temps à cause du chariot à perfusion.

- Bettina a l’air bien malade. C’est grave ?

- Cancer. Néphroblastome pour être plus précise. La pauvre petite. Elle n’a vraiment pas de chance. C’est une gamine de l’aide sociale à l’enfance. Il y a vraiment des gosses qui démarrent mal dans la vie. C’est Madame Petrucci qui s’occupe d’elle. Elle l’appelle Nanie. Cela fait quatre ans qu’elle vit chez elle. Je ne comprends pas comment elle est arrivée jusqu’à votre chambre ! Elle est hospitalisée dans l’aile gauche du pavillon. Elle a dû traverser pas moins de trois couloirs avant d’arriver ici. Ce qui est bizarre, c’est que personne ne lui ait fait faire demi-tour! Tout le personnel la connaît. Je m’étonne qu’elle vous ait adressé la parole. D’habitude il faut inventer des trucs inimaginables pour qu’elle accepte de dire un mot.

- Pourquoi ne pouvait-elle venir jusqu’ici ? Les enfants n’ont pas le droit de sortir de leur chambre ?

- Si bien sûr, mais à l’intérieur du service dans lequel ils sont soignés.

- Est ce que cela veut dire qu’elle ne pourra plus revenir ?

- En principe non. Si tous les malades commençaient à déambuler dans les couloirs comme bon leur semble, on ne s’en sortirait plus. Voyez un peu le désordre que cela ferait ! Il faudrait doubler les effectifs des aides soignantes ! Et puis, il ne vaut mieux pas qu’elle s’attache à vous. Elle a assez souffert comme ça, à son âge. Je ne connais pas toute son histoire, mais à ce qu'il paraît, la vie ne l’a pas vraiment gâtée. Je crois bien qu’elle a été battue à plusieurs reprises par son père, si l'on en croit ce que Madame Petrucci a révélé au médecin référent. Et puis maintenant, cette maladie ! Les enfants ne devraient jamais avoir à subir ce genre de choses ! Il n’y a pas de justice.

- J’en ai la chair de poule rien qu'à vous entendre. C’est dommage, j’aurais bien aimé la revoir. Elle avait l’air si triste. Mais vous avez raison. Si tout va bien, je quitterai l’hôpital rapidement. Alors autant ne pas la décevoir davantage. Allez, dites-moi tout. Quand pourrai-je retourner dans la jungle ? J’ai des affaires à régler d’urgence dehors.

- Cela ne dépend que de vous Madame !... »

 

 

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Commentaires (3)

1. Raphaël Le 24/01/2008 à 13:10

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Hello Mary!
Cet extrait a titillé ma curiosité &, malgré mes problèmes de vue, j'ai hâte de lire la suite.
Je te souhaite Bonheur & succès.
Bises.

2. Plume Le 03/05/2008 à 11:22

Envoyer un e-mail à Plume
Je suis très émue par l'extrait c'est ce qui me fallait pour me décider, merci, amitié (c'est Irène Pauletich qui m'envoie chez toi ! http://www.mamirène.com)
je te laisse le mien de site d'auteur : à bientôt j'espère
www.corinnegiacometti.com

3. STB Le 18/07/2008 à 11:42

UNE ATMOSPHERE BIEN PERCEPTIBLE

qui invite à decouvrir la suite

bon courage

la couverture est belle

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Dernière mise à jour de cette page le 30/07/2008

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