Dédicace :
A Patrice
A son sourire
Qu’il soit heureux
Dans cette vie
Ou dans une autre...
Chapitre 1 :
L’approche de la Saint Valentin fit l’effet d’un détonateur. Florence se réveilla le matin avec la sombre pensée qu’elle n’était amoureuse de personne. Triste constat. L’avait-elle été profondément à un quelconque moment de sa vie ? C’était un jour comme tant d’autres, un jour sans entrain, la routine en somme, à laquelle elle s’était silencieusement habituée depuis des années.
Son apparence physique ne lui plaisait pas vraiment. Un mètre cinquante et un sous la toise, les jambes un peu fortes à son goût, et des petits yeux verts insignifiants. Surtout lorsqu’ils n’étaient pas mis en valeur par une touche de maquillage. Mais, dira t’on, personne ne choisit ni sa taille, ni le reste d’ailleurs, et il faut bien s’accommoder des attributs délégués à la naissance par dame nature, dans sa grande bonté.
Avec l’âge, les complexes de sa jeunesse s’étaient légèrement estompés, mais ceux-ci se ravivaient sournoisement dans certaines occasions. A l’inverse, sa vie professionnelle lui apportait entière satisfaction.
Assistante de direction dans une petite entreprise commerciale, on la considérait comme une collaboratrice efficace. Au cours de sa carrière déjà bien remplie, elle avait rencontré des gens qui lui avaient fait confiance, et qui lui avaient proposé des postes intéressants. Sa tendance naturelle à la dévotion, en particulier envers ses supérieurs, représentait un atout précieux dans l’exercice de son métier, dont les multiples facettes lui permettaient de lui faire oublier la monotonie de sa vie privée.
Certains diront qu’elle travaillait beaucoup trop. D’autres qu’elle aurait pu faire mieux que de travailler pour des bureaucrates endimanchés. Il aurait fallu pour cela que sa tendance naturelle à la paresse ne l’empêche pas d’exploiter au maximum ses capacités quand il en était temps. Elle regrettait aujourd’hui de ne pas avoir su saisir sa chance plus tôt. Mais dans les moments de désespoir, l’énergie déployée à accomplir correctement son travail l’avait souvent aidée à rester à la surface. On ne peut pas toujours tout mener de front. On ne peut pas gagner sur tous les plans.
L’autre vie, celle que toutes les femmes espèrent en secret qu’elle sera riche, pleine d’amour, ne lui inspirait qu’amertume et tristesse. Une indicible impression d’avoir gâché plus de vingt ans de son existence.
Mariée à vingt deux ans, divorcée après dix huit années de vie commune, puis à nouveau déçue par une aventure dont l’échec était programmé à l’avance, le cœur en miettes, Florence Levigier ne cessait de s’interroger sur le sens de sa vie. Surtout les jours de spleen. Dix mille questions lui venaient à l’esprit. Toujours les mêmes. Verrait-elle, un jour prochain, le bout du tunnel? Pourrait-elle encore se fier à la chance? Arriverait-il le jour où elle partagerait sans retenue la vie de quelqu’un qui l’aimerait sincèrement, pour ce qu’elle était réellement, et non pour l’image que l’on se fait d’elle? Etait-elle responsable de ses échecs amoureux? Pourquoi les autres et pas elle ?
Autant d’interrogations qui restaient sans réponse, tant ses idées à propos de l’amour restaient confuses. Bien qu’elle soit libre de refaire sa vie, elle s’en sentait lamentablement incapable. Incapable de faire des choix, brandissant ses échecs comme un bouclier protecteur, elle se donnait aujourd’hui au moins une excellente raison pour repousser l’idée d’une nouvelle liaison sérieuse. Après ses tentatives de bonheur avortées, pas la peine de retenter le diable ! Eviter la souffrance à tout prix !
Et puis, ses deux enfants passaient avant toute autre chose. Samuel, après avoir mené des études laborieuses, plutôt par manque de courage que par manque de capacités intellectuelles, travaillait dans une compagnie d’assurances. Florence passait son temps à essayer de se rapprocher de ce fils qu’elle ne comprenait pas toujours. Ne supportant pas l’autorité, rebelle au grand cœur, celui-ci, à vingt trois ans, accumulait les problèmes que sa mère tentait de résoudre au fur et à mesure qu’ils survenaient. Consciente de sa faiblesse à son égard, celle-ci ne pouvait se résigner à le laisser seul, face à ses responsabilités. La peur de le voir sombrer dans la déprime l’empêchait d’entrevoir une issue qui lui laisse l’esprit disponible. Sam avait souffert du divorce de ses parents et avait mis longtemps à admettre cette évidence. Florence le savait émotif et fragile, malgré la cuirasse de petit dur qu’il arborait souvent. Elle devait en tenir compte avant d’agir. Sandra, de trois ans la cadette de Sam, prenait son autonomie le mois suivant. Lassée du comportement de son frère, la jeune fille nourrissait ce projet de longue date. Ce changement lui permettrait de poursuivre ses études de biologie dans un climat plus serein. Il est vrai qu’à part le sang qui coulait dans leurs veines, ces deux-là ne présentaient, en apparence, aucun point commun. Le cas se présente souvent dans les familles. Florence et son frère ne s’étaient-ils pas eux-mêmes beaucoup mieux entendus lorsque l’éloignement les avait séparés ? Très mûre pour son âge, Sandra était déjà habituée à mener sa vie comme elle l’entendait. Son départ du cocon familial n’avait rien de traumatisant puisqu’il avait été programmé en toute transparence. Elle avait choisi un studio situé en ville, à trois kilomètres du domicile de sa mère. Malgré ces précautions, ce désir d’indépendance renforçait le sentiment d’échec que cette dernière ressentait. La famille éclatait pour la seconde fois et Florence s’en sentait en grande partie responsable. Elle aurait sans doute préféré que l’ordre des choses soit respecté, et que Sam s’installe en premier. Ils comptaient plus que tout pour elle. Jamais un homme n’emporterait la priorité sur eux.
Elle n’était jamais sûre de rien. Pas sûre d’aimer, pas sûre d’avoir élevé ses enfants comme il le faut, pas sûre d’être intéressante, en résumé le doute permanent. Faire un choix l’obligeait à peser le pour et le contre pendant des heures. L’art de l’abnégation lui avait, bien souvent, fait renoncer à ses envies. Dans le cas contraire, s’être laisser aller à s’accorder un petit plaisir au détriment de ses propres priorités lui procurait un sentiment de culpabilité. Un certain don pour accepter des propositions qui ne lui convenaient pas, uniquement « pour faire plaisir » aux autres, lui collait à la peau, même si ce défaut s’était un peu effacé avec le temps. Sandra lui rappelait souvent qu’elle ne savait pas refuser, ce qui l’agaçait prodigieusement.
L’expérience montrerait plus tard à la jeune fille que rien n’est jamais tout blanc ou tout noir, et que les décisions prises à l’emporte pièce peuvent être lourdes de conséquences. Introvertie, indépendante, Florence aimait se cacher derrière l’image qu’elle s’était construite au fil des ans, sans doute pour mieux résister aux agressions extérieures. Ainsi au travail passait-elle assez bien pour une personne sociable, relativement sûre d’elle.
En prenant un soin particulier à distiller les confidences au compte-gouttes, elle était sûre de ne pas se dévoiler complètement, et d’entretenir le mystère autour de sa personnalité. Tantôt renfermée jusqu’au mutisme, tantôt énervée jusqu’à l’agressivité, elle avait conscience d’être parfois difficile à comprendre pour son entourage. D’un naturel altruiste, elle savait faire preuve d’une grande tolérance envers ses proches. Mais elle se demandait parfois si cette largesse d’esprit qu’elle se prêtait n’était pas plutôt le reflet d’une grande indifférence. Des gens qu’elle avait aimés avaient déclaré, à plusieurs reprises, qu’au fond, elle était froide, égoïste, et insaisissable. Ces propos l’avaient profondément blessée, mais avaient au moins eu le mérite de la faire réfléchir sur cette question essentielle à ses yeux.
Malgré tout, à quarante huit ans, Florence se sentait encore une âme d’adolescente qui n’a encore rien vécu d’essentiel. Pourtant la vision de son visage dans le miroir de la salle de bains lui renvoyant quelques rides de plus en plus visibles, horriblement mises en valeur par un éclairage sournois, la ramenait inévitablement à la réalité du temps qui passe, et qui ravage irréversiblement les corps. En optimiste résolue, elle croyait que tout était encore possible, excepté les jours de cafard, qui, somme toute, étaient relativement rares. Elle espérait le coup de foudre, considérant tantôt cette vive émotion comme un leurre, tantôt comme la chose qu’il faut vivre avant de mourir. Les échecs qu’elle avait vécus n’avaient pas réussi, jusqu’ici, à la faire sombrer dans la déprime. Elle se pensait donc à l’abri de cette maladie du désespoir, réputée pour frapper les âmes au moment où l’on s’y attend le moins.
Cette force de caractère apparente contrastait avec son physique de petite femme fragile. Mais l’image de la femme forte qu’elle prétendait communiquer s’effritait souvent dans la pénombre de la solitude. Le battage médiatique autour de la Saint Valentin frisait le paroxysme. Pas une chaîne de télévision, pas une radio qui ne vous proposent le cadeau adéquat pour votre amoureux ! Cette publicité, par ricochet, réveillait le blues de celles et ceux qui sont seuls. Les paumés, les exilés, les plantés de la vie. Elle trouvait cela particulièrement injuste de raviver la souffrance cachée de milliers de gens, au nom d’intérêts bassement lucratifs.
Ce soir là, Florence trouva sa vie profondément vide de substance. Elle n’avait pas connu le grand Amour, elle n’avait pas vu grandir ses enfants. Le temps avait passé si vite. Ils n’avaient plus besoin d’elle à présent. Par ignorance, ou par manque de motivation, elle avait renoncé à ses premiers désirs, le chant, le dessin, la peinture, ou l’écriture. Elle renvoyait à l’âge de la retraite, voire aux calendes grecques, la reprise de ces activités pour lesquelles elle s’était pourtant montrée douée dès son plus jeune âge. Seul l’attrait pour le chant avait résisté au temps qui passe, et c’est ainsi qu’elle s’était quelquefois retrouvée soliste dans la chorale de la paroisse de son village natal. En réalité, un constat navrant s’imposait à elle : l’enfant promise à un bel avenir était passé à côté de sa vie de femme.
Il faut dire qu’elle y avait mis du sien pour que son existence soit vide de sens, en commençant par se marier, par défaut, à un homme qui passait par là, et qui manifestement n’était pas fait pour elle. Florence avait décidé le jour de son mariage qu’elle assumerait jusqu’au bout son erreur, sans doute pour rester dans le cœur de ses parents qui étaient si fiers d’elle. Pour rester la fille obéissante et respectueuse qu’elle était alors, et ne pas mourir de honte à l’idée de dévoiler dans quel pétrin elle s’était mise, sans qu’on ait eu besoin, il faut bien l’avouer, de l’y pousser. Bref la Calamity Jane du sentiment. Sans doute inspiré par un pressentiment, son père lui avait tendu la main, une semaine avant le mariage, en lui proposant généreusement d’annuler la cérémonie. Ses parents avaient investi une somme d’argent considérable pour l’organisation de ce qui devait être le plus beau jour de la vie de leur fille. Touchée par son geste mais incapable de faire marche arrière, elle avait alors refusé la plus honnête des propositions. Il n’avait pas insisté. Elle était majeure. C’était sa vie. Pourquoi ne l’avait-elle pas écouté ?
Son mariage fut une succession de déceptions, dont elle se sentait fautive, pour avoir compris dès le début de l’aventure qu’il ne fallait rien en attendre, et pour n’avoir rien tenté pour changer le cours des choses. La naissance de ses enfants fut le seul bonheur qui lui permit de ne pas verser dans la mélancolie sans possibilité de retour. Lorsque Samuel naquit, sa vie prit un autre sens. Avec la naissance de son fils, Florence remisa au rang des souvenirs ses idéaux d’amour tendre, d’éternelle complicité. L’arrivée de Sandra acheva son accession au digne statut de mère de famille. Mais à l’aube de ses quarante ans, un ultimatum s’imposa à elle avec force : fuir ou mourir à petits feux, il fallait choisir. Elle choisit de fuir sans rien emporter.
Florence vécut les jours suivants en état de choc. Comment avait-elle pu surmonter sa peur, braver la crainte que lui inspirait Jean ? Elle comprit alors qu’elle disposait, dans les situations de crise, de cette faculté de prendre de la hauteur sur les événements. Une sorte d’état second qui lui permettait d’agir, comme si elle n’était pas vraiment concernée, comme si elle devenait une autre personne capable d’appréhender les situations les plus délicates, qu’elle se sentait incapable d’affronter en temps ordinaire. Elle se souvenait souvent du jour où elle avait quitté le domicile conjugal un matin gris de septembre en sachant qu’elle ne rentrerait pas le soir. Elle avait mûri cette décision, éminemment lourde de conséquences, alors que son mari ne voulait pas entendre parler de séparation. Elle était au bout du rouleau et c’était la seule solution qui s’offrait à elle, en dehors de celle, beaucoup plus radicale, d’avaler une boîte de somnifères, en espérant que tous les ennuis disparaîtraient comme par enchantement.
Aujourd’hui encore se demandait-elle souvent d’où lui était venu le courage de fuir dans de telles circonstances. Elle avait vécu, les jours suivants, la trouille au ventre, rasant les murs, sans pouvoir trouver le sommeil, ne serait-ce que quelques minutes... Mais elle l’avait fait. Même si elle n’avait pas de raison d’être fière de cet abandon, ce fut la première victoire qu’elle remporta sur ses préjugés, sur elle même. Enfin, elle s’affranchissait du long mensonge qu’elle avait entretenu au sujet de sa relation de couple, enfin elle osait dévoiler la vérité et affronter la honte.
Au lieu de s’attirer les foudres de son entourage, elle était persuadée que cela se passerait ainsi, elle avait au contraire rencontré la compréhension de ses proches, malgré la situation traumatisante dans laquelle elle les avait tous plongés sans ménagement, du jour au lendemain. Cette douloureuse épreuve l’avait rendue plus confiante vis à vis d’elle même et de sa famille auprès de laquelle elle avait trouvé un appui inconditionnel. A l’inverse, sa méfiance envers la gente masculine n’avait fait, par la suite, que se renforcer.
Quelques années plus tard, elle crut avoir rencontré son âme sœur, tant Grégory lui ressemblait. Même signe astrologique, même caractère, même pudeur, même malheurs, même déboires conjugaux. D’un commun accord, ils avaient décidé d’attendre, avant de partager leur existence, lui d’être libre, elle, que ses enfants aient pris leur envol pour de bon. C’était enfin l’homme de sa vie, gentil, prévenant, attentionné. L’illusion dura deux belles années. La première expérience de vie commune, dont ils s’étaient réjouis à l’avance, fut une déception. Quelques jours de vacances suffirent pour mettre à mal leur idée de vie commune. Ils n’avaient déjà plus rien à se dire, la magie s’était éteinte. Dès les premiers instants, ils se découvraient ordinaires.
Elle ne l’aimait pas suffisamment au point de partager le reste de sa vie avec lui. C’était une affreuse évidence. Ce sentiment étant réciproque, la séparation aurait du être facilitée. Hélas, il n’en fut rien. Florence était désespérée de s’être à ce point trompée sur ses sentiments, et sur le vrai caractère de la personne qu’elle croyait aimer. Elle faillit rester avec lui, tellement il était malheureux. Mais devant le risque de reproduire ses erreurs passées, elle trouva le courage d’affronter, cette fois à temps, l’inévitable séparation. Il ne se passait pas un jour sans qu’elle ne pense à Grégory, malgré la haine qu’il lui avait balancée au visage, et le mal qu’il lui avait fait, en réponse à la sincérité qu’il avait si souvent réclamée.
Nouveau retour au point zéro. Pas d’amour, pas de partage, pas d’envie. Mieux vaut être seul que mal accompagné, c’est ce que l’on dit pour se consoler lorsque l’on est à bout d’arguments. C’était décidé, s’il le fallait, elle se résignerait à rester célibataire. Vivre seule était sans doute ce qui conviendrait le mieux à son tempérament indépendant. Fini le partage des corvées, les chaussettes à laver, les petits plats à préparer pour son homme pendant qu’il regarde, avachi dans le fauteuil, le match de foot à la télé ! Elle avait d’ailleurs prévenu son entourage proche qu’elle ne voulait plus entendre parler de relation avec qui que ce soit avant une décennie ! Comme si le fait de le clamer haut et fort suffisait à s’en persuader !
Et si elle était à l’origine de ses tourments ? Si elle était trop exigeante, trop compliquée, trop difficile à suivre ? Elle n’avait jamais écarté cette éventualité. Certes, il est toujours plus aisé de croire que ce sont les autres qui ont tort, mais elle était prête à partager, voire à assumer la responsabilité de ses actes. Le naufrage de son mariage par exemple.
Pas la peine de consulter un psychologue, ou de s’allonger sur le divan d’un psychanalyste, pour rechercher dans les méandres de son enfance les raisons d’une telle confusion d’esprit. Florence affirmait à qui voulait l’entendre qu’elle avait eu une enfance très heureuse, entourée de parents aimants. Ce qui était la stricte vérité. Une enfance de petite fille sans histoire à qui tout souriait. Une enfant qui ne causa pas de soucis majeurs à ses géniteurs, à l’exception des premiers mois de sa vie durant lesquels la mort s’était penchée sur son berceau, sans toutefois s’y attarder.
Il faut dire que les jeunes parents qu’ils étaient alors s’étaient acharnés à sauver, contre l’avis même des médecins, leur bébé moribond.
Commerçants installés dans un petit village, les époux Levigier jouissaient d’une situation relativement confortable. C’étaient des gens sérieux qui s’aimaient beaucoup. Elle ne se souvenait d’aucune dispute dont elle aurait pu être le témoin. Bien que ceux-ci soient plutôt discrets sur leur vie privée, elle savait qu’il existait quelque chose de fort entre eux et que leur aventure durerait très longtemps. L’avenir n’avait pas démenti cette certitude d’enfant. Ce climat de confiance aurait-il pu lui faire croire que les histoires d’adultes sont toutes aussi belles ? Combien de fois avait-elle, par la suite, secrètement envié ce couple modèle, uni pour la vie, lorsque son existence se résumait à une succession de disputes incessantes, à une complète impuissance à faire évoluer les choses?
Son adolescence fut à l’image de son enfance : pas de bouleversement, pas de tempête. Une période linéaire et banale. Son frère Jérémy de deux et demi son aîné, et elle, étaient très différents. Chacun avait mené sa vie d’adolescent de son côté. Jeunes adultes, ils avaient appris à s’apprécier, et Florence était devenue par la suite la petite sœur qu’il fallait protéger. Elle éprouvait un profond respect pour ses parents. Elevée à la dure par un père ayant perdu sa femme bien trop tôt, sa mère était naturellement pudique, manifestant peu ses émotions. L’absence de complicité entre sa mère et elle autour des questions de sexualité, d’amour, ne l’avait pas perturbée outre mesure.
Florence préférait de loin aborder ces sujets délicats avec ses amies d’enfance qu’elle rencontrait souvent le samedi, celles-ci étant scolarisées dans des établissements différents. Elles passaient ensemble des heures et des heures à évoquer le garçon dont elles rêvaient, leurs prochaines sorties en boîte, leurs derniers chagrins.
Très fleur bleue, Florence rêvait beaucoup, mais en secret. Elle écrivait des poèmes aux garçons dont elle se croyait amoureuse, ou des déclarations qu’elle ne leur envoyait jamais. Toutes ses confidences inavouées restaient protégées dans une boîte en fer ayant contenu jadis des confiseries, soigneusement fermée avec une toute petite clef dorée, qu’elle prenait grand soin de cacher comme un trésor de guerre. Timide, effacée, personne ne la remarquait. Elle était très douée pour rêver du garçon le plus irrésistible de l’école qui, bien entendu, ne lui jetait jamais l’ombre d’un regard. Qu’importe, quelqu’un occupait ses pensées. Mieux vaut penser à quelqu’un que de ne pas penser du tout.
Elle n’était pas jalouse du succès de ses amies, qui dégageaient davantage de séduction. Celles-ci avaient beaucoup plus d’assurance qu’elle, et les garçons s’en rendaient compte. Celle qui tenait la chandelle, c’était souvent la même ! Son manque de succès auprès des jeunes gens de son âge était quelque peu compensé par une réussite scolaire presque sans faille jusqu’au passage du baccalauréat. C’est ensuite que tout allait commencer à se gâter...
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1. murzin Le 29/08/2007 à 09:05
2. Ma plume Le 17/09/2007 à 09:50
3. youexsson Le 09/11/2007 à 21:37
4. BK7 Le 03/04/2008 à 19:39
5. Alice Le 22/05/2009 à 21:01
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